La magie du montage

Une simple clé USB, glissée à la va-vite dans une enveloppe, et déposée dans une boîte. Il est 17h52 ce dimanche 27 août, et cela n’a l’air de rien. Dans cette clé USB se trouve pourtant le résultat de deux jours de travail acharné : rien de moins qu’un court-métrage.

Tout commence 48 heures plus tôt, donc. Accompagné de David, Emilee et Liam, mes acolytes de l’équipe des Steel Bananas, je me trouve dans le mythique Hollywood Cinema d’Avondale. Dans quelques minutes, c’est le lancement du HP 48 Hours. Le principe : chaque équipe dispose de deux jours pour écrire, tourner et monter un court-métrage, tout en respectant les différentes contraintes imposées par les organisateurs.

Il est 19 heures, et au son de For What It’s Worth de Buffalo Springfield, nous découvrons les genres qui nous ont été assignés, du buddy movie au film de Noël, en passant par le thriller ou la série Z ; pour nous, ce sera le fantastique / conte de fées. Passé le soulagement de ne pas être tombés sur la comédie musicale, nous prenons connaissance des éléments imposés, communs à toutes les équipes : un personnage féminin, une collision, une coupe brutale, et le cri de Wihelm, cet easter egg sonore présent dans tant de films des soixante dernières années. De plus – nouveauté de cette année –, nous devons choisir un thème autour duquel s’articulera notre scénario : rédemption, sacrifice, jalousie, vengeance, destinée, etc.

Aussitôt ces éléments connus, nous sortons en trombe de la salle au milieu de la foule, et récupérons notre voiture afin de rentrer dans le centre-ville d’Auckland. Sur le chemin, nous passons prendre Jessica, notre directrice de la photographie, et commençons à brainstormer tous ensemble. Les idées fusent, et très vite nous décidons de réaliser un conte de fées au ton décalé.

Parvenus à notre quartier général (situé dans l’appartement de David, dans ma résidence universitaire), nous commençons à coucher sur le papier nos premières pistes. Si l’idée d’une pause café entre deux princesses travaillant dans une agence de sauvetage de princes nous séduit au premier abord, nous l’abandonnons rapidement et décidons de nous concentrer sur un objet magique complètement buggé, parodie de ces gadgets technologiques dont l’inutilité n’a d’égale que l’incompétence de leurs assistants vocaux.

Notre histoire commence alors à prendre forme : la rivalité entre deux sorcières vivant en colocation, amenant l’une d’elle à acquérir une nouvelle baguette qu’elle ne peut manifestement pas maîtriser. Il est 23 heures, et tandis qu’Emilee et Liam travaillent sur une première ébauche du scénario, Jessica et moi commençons le découpage technique et le storyboard du film. Cette nuit-là, nous nous couchons vers 3 heures, après avoir envoyé le script final à nos comédiennes.

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Après le brainstorming, rédaction du scénario… © David Anstiss – Instagram

Le lendemain matin, direction notre studio (alias la maison des parents de Liam), dans la banlieue de Point Chevalier. Nos deux actrices, Nicole et Georgia, nous y attendent déjà. Je passe la fin de matinée à installer le matériel et à préparer le décor avec Jess et Liam, tandis que David et Emilee font répéter les comédiennes. Après un repas frugal, nous sommes prêts à tourner vers midi.

« – Camera’s rolling. – Sound? – Sound speed. – Scene 3A, take 1. – Action! » Les prises se succèdent sans anicroche, grâce au professionnalisme de nos actrices et à l’efficacité de Jess et Liam, à l’image et au son respectivement. Néanmoins nous devons faire vite : le soleil se couche tôt à cette époque de l’année, et la continuité de la lumière doit être respectée. Pour ma part, je reste en retrait, car ma tâche est primordiale : vider les cartes SD de la caméra et de l’enregistreur et renommer les rushes, afin de gagner du temps au montage.

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Nicole découvre les pouvoirs de sa baguette, laquelle est doublée par Emilee pendant le tournage

Qui dit baguette magique dit magie, mais en l’absence d’un professionnel (Gandalf était déjà occupé), nous devons faire avec les moyens du bord. Emilee, de par sa petite taille, est mise à contribution afin d’ouvrir la porte du frigo de l’intérieur, tandis que l’on me demande d’actionner le robinet de l’évier grâce à un fil de nylon : « comme par magie »… Vient alors un moment aussi délicat que jouissif : nous nous filmons en train de semer le chaos dans la cuisine, afin d’inverser les plans au montage, telle Mary Poppins rangeant la chambre des enfants Banks grâce à ses pouvoirs.

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Une fois le tournage terminé, il faudra tout nettoyer (et sans pouvoirs magiques !)

« It’s a wrap! » Il est 18 heures passées, la dernière scène est tournée, et nous revenons au QG avec près de 45 gigaoctets de rushes. Nous sommes tous exténués, mais si mes acolytes peuvent se permettre d’aller piquer un somme, nul repos pour moi : le sort des Steel Bananas repose désormais entre mes mains, puisque je suis chargé du montage du film, que nous devons rendre dans moins de 24 heures.

Commence alors un travail solitaire mais néanmoins magique, celui de donner vie à notre scénario écrit la veille. Je suis ce dernier à la lettre, m’autorisant quelques fantaisies au gré de mes envies. La fatigue se fait ressentir, mais je peux compter sur les canettes de V (le RedBull local) gracieusement offertes par l’organisation du concours. Vers 2 heures du matin, toute l’équipe vient me rendre visite afin de visionner une première mouture du film. Nous réalisons à quel point il est incroyable de pouvoir contempler aussi rapidement le fruit de nos efforts, là où habituellement il peut se passer plusieurs semaines, voire plusieurs mois entre la rédaction du scénario, le tournage et le montage.

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Le regard de l’homme qui n’a eu que cinq heures de sommeil ces dernières 24 heures… © David Anstiss – Instagram

Le lendemain matin, après une courte nuit, c’est le temps des révisions. Plusieurs répliques sont sacrifiées sur l’autel du rythme, tandis que certains raccords sont à revoir : quatre versions sont ainsi nécessaires avant de parvenir à un film qui nous satisfasse tous. Vient ensuite le temps du mixage son : Jess avait auparavant réenregistré toutes les répliques de la baguette, que je n’ai qu’à remplacer sur ma table de montage virtuelle avant d’ajouter les effets sonores (dont le fameux cri de Wilhelm, l’une de nos contraintes !)

Liam et moi peaufinons les derniers détails, ajoutant des sons d’ambiance (l’aboiement d’un chien dans le lointain…), puis j’insère le générique et les autres éléments réglementaires de notre soumission. Dernier rendu, dernier visionnage, et c’est la fin. Nous reprenons la voiture pour Avondale, et déposons notre film (intitulé Witch, please!) avec plus d’une heure d’avance.

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C’est parti pour l’export final ! © David Anstiss – Instagram

Une semaine plus tard, nous revoilà dans ce même Hollywood Cinema d’Avondale, pour le heat. L’occasion de voir notre film sur grand écran, ainsi que de découvrir le travail des autres équipes, souvent créatif : le bien nommé The Wilhelm Curse, dont le personnage principal est atteint d’une malédiction et ne peut s’exprimer qu’avec le célèbre cri, ou l’hilarant Sue and Tim Play Conkers, une parodie fauchée de dessin animé pour enfants se terminant par une explosion nucléaire (!) A notre grand soulagement, les spectateurs semblent apprécier notre court-métrage, et Witch, please! fait partie des trois films préférés du public à l’issue de la projection.

Je ne sais si notre court-métrage sera sélectionné pour la finale d’Auckland (qui aura lieu le 24 septembre prochain), mais quel que soit le résultat je suis heureux d’avoir pu participer à ce concours avec les Steel Bananas. Rien de tel que de travailler dans l’urgence afin de booster sa créativité, surtout avec des personnes aussi passionnées et motivées. En seulement deux jours, nous avons écrit, tourné et monté un film qui nous rend fier, et que nous n’aurions jamais réalisé sans les contraintes qui nous avaient été imposées. C’est une expérience que je réitérerai avec plaisir en France, puisque de tels concours sont régulièrement organisés à Paris et dans d’autres villes de l’Hexagone.

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Les « bananes d’acier » après 48 heures de folie © David Anstiss – Instagram

Voilà déjà deux mois que je suis arrivé au pays du long nuage blanc : le temps passe si vite… J’avais quelque peu délaissé mon blog ces dernières semaines, et j’espère que cet article un peu plus long que d’habitude vous aura plu. Je n’ai malheureusement pas l’autorisation de mettre notre court-métrage en ligne pour le moment, mais soyez assurés que je vous le partagerai dès qu’il sera disponible. Tandis que pour beaucoup d’entre vous les vacances touchent à leur fin, me voici déjà en congés de mi-semestre : l’occasion d’enfin quitter Auckland ?

Update 17/09/17 : Notre court métrage est en ligne !


Pour en savoir plus sur moi et mon aventure néo-zélandaise, consultez la page A propos. Vous pouvez également me retrouver sur Twitter et Instagram, ainsi que sur GitHub où je partage mes projets personnels en informatique.

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